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 Alimentation de la mère qui allaite

Janvier 2009

Fanny au sein

Janvier 2009

Fanny à table

Depuis près de 20 ans, nous entendons divers conseils donnés, aux mères qui allaitent, sur ce qu’elles doivent manger ou ne pas manger.

Qu’en penser ? Dans le document de l’ANAES « Allaitement maternel. Mise en œuvre et poursuite dans les six premiers mois de vie de l’enfant » la question est balayée d’une seule phrase : « Aucune règle alimentaire spécifique n’est justifiée ni interdite chez une femme qui allaite, y compris pour la quantité d’eau absorbée par jour ».

Dans le Traité de l’Allaitement Maternel, il est indiqué :

  • Que si la mère a de saines habitudes alimentaires, il n’y a habituellement aucune raison de les modifier lorsqu’elle allaite.
  • Contrairement à la croyance populaire, il n’y a pas d’aliments que la mère qui allaite doit manger ou éviter. La modération est de mise.
  • La plupart des bébés allaités ne sont pas incommodés par une consommation modérée d’ail, d’oignon, de chocolat ou d’aliments épicés. Il n’y a pas vraiment de fondement scientifique à penser que la consommation d’aliments qui «donnent des gaz» donnera des gaz au bébé ou que les agrumes mangés par la mère seront «trop acides» pour le bébé (Breastfeeding Guide for the Medical Profession. Lawrence and Lawrence p 326).

Il possible que des enfants soient sensibles à certains aliments ingérés par leur mère, mais d’un enfant à l’autre ces aliments sont différents. Il ne faut donc pas systématiquement conseiller aux mères d’éviter certains aliments. On recherchera plutôt avec elle, ce qui a pu gêner son enfant.

 Les goûts, les couleurs, les odeurs du lait maternel

Le lait maternel va changer de goût, d’odeur et de couleur en fonction de ce que sa mère absorbe. C’est une façon pour l’enfant de se familiariser avec l’alimentation diversifiée qui deviendra la sienne par la suite. Une célèbre étude a montré que lorsque des mères consommaient des capsules d’ail, une heure ou deux après l’ingestion, leur lait se parfumait à l’ail. Les enfants appréciaient tellement qu’ils consommaient plus de lait lors de la tétée suivante.

Menella JA. Mother’s milk : a medium for early flavor experiences. J Hum Lact. 1995;11:39-45

Si le lait maternel peut se parfumer et changer de goût, qu’en est-il de la couleur ? Il a été repéré du lait de toutes les couleurs. On peut trouver du lait rose ou rose-orange. Cela peut être dû à la consommation, par la mère, de sodas contenant des colorants. Pour le lait vert et les urines vertes, chez le bébé, cela peut provenir de l’ingestion de Gatorade (boisson énergétique contenant un colorant vert), de varech ou d’algues (effectivement tout le monde n’en consomme pas) et de vitamines. On a même trouvé un lait présentant une coloration noire chez une femme qui prenait un médicament pour traiter son acné.

 Des odeurs surprenantes

Le lait peut prendre une odeur ou un goût savonneux après conservation dans le réfrigérateur. Si le lait est congelé à -20°C, lors de la décongélation, ce phénomène peut également se produire. C’est sans danger pour le bébé. Cet aspect, cette odeur sont dus à la lipase contenue dans le lait maternel qui aide à la digestion des graisses du lait maternel (que ce soit dans l’estomac de l’enfant ou dans un flacon de recueil).

Si l’on ébouillante le lait, on peut inactiver la lipase (chauffer le lait jusqu’à 82 °C ou jusqu’à ce que de petites bulles se forment autour du bord de la casserole, puis refroidir rapidement). Mais quel intérêt, puisque la plupart des bébés boiront ce lait sans rechigner.

Lawrence RA, Lawrence RM. Breastfeeding : A Guide for the Medical Profession, 6th edition. Philadelphie: Elsevier Mosby; 2005.

Bitman J, Wood DL, Mehta NR, Hamosh P, Hamosh M. Lipolysis of triglycerides of human milk during storage at low temperatures: a note of caution. J Pediatr Gastroenterol Nutr 1983;2(3):521-4.

Si le lait à aspect et odeur savonneux est bien connu, le lait à odeur rance est moins connu. Le rancissement est dû à une oxydation chimique, pas à un processus microbien causé par une contamination bactérienne. Les AGPI (Acides Gras Polyinsaturés) sont les composants les plus sujets à oxydation. Chauffer le lait augmente la vitesse de la réaction d’oxydation, mais elle continue à se produire durant la réfrigération et la congélation. Il n’y a pas de recherches sur ce sujet dans la littérature sur le lait humain, cependant en se référant à la littérature laitière, on pense qu’il peut y avoir un catalyseur dans le lait qui démarre la réaction, tel que l’apport en AGPI du régime alimentaire maternel ou un contenu élevé en fer libre ou en ion cuivre. Consommer des graisses rances, comme les anchois, peut aussi démarrer la réaction oxydative en chaîne.

Si le lait sent l’aigre ou le rance, ne pas chauffer le lait. Changer le régime de la mère pour réduire les AGPI peut aider. Cela ne changera pas le contenu en gras du lait, juste le type de graisses.

AI-Mabruk RM, Beck NF, Dewhurst RJ, Effects of silage species and supplemental vitamin E on the oxidative stability of milk. J Dairy Sci, 2004. 87(2): p. 406-12.

Havemose MS, Weisbjerg MR, Bredie WL, Poulsen HD, Nielsen JH, Oxidative stability of milk influenced by fatty acids, antioxidants, and copper derived from feed. J Dairy Sci, 2006. 89(6): p. 1970-80.


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